Jacques Lajuncomme : « Le surf est entré dans une dimension universelle »

 

LAJUNCOMME EDF2020Présent sur le site de compétition sans pouvoir l'approcher, Jacques Lajuncomme (au centre) a finalement pu partager quelques moments des Jeux Olympiques avec l'équipe de France mercredi soir au Club France de Tokyo, à la veille du retour. 




Le président de la Fédération Française de Surf quitte Tokyo aujourd'hui. Tenu à distance bien malgré lui de l'équipe de France sur le site de compétition olympique, Jacques Lajuncomme dresse le bilan de ses Jeux, durant lesquels il a rencontré les dirigeants du sport français, les instances internationales du surf et les organisateurs de Paris-2024.



Tous les participants à ces premiers Jeux de l'histoire du surf disent avoir été emportés par l'émotion. Comment les avez-vous personnellement vécus ?
Avec émotion. C'est le mot juste. L’émotion d’y être pour la première fois. Il peut toujours y avoir de l’émotion face à un événement sportif, mais là s’est ajouté la première fois. Au-delà, il y a eu la découverte. Et puis j'ai vécu des moments forts à chacune des séries des surfeurs français. Il y a eu une prise de conscience de la dimension universelle dans laquelle le surf est entré avec les Jeux Olympiques.  

Quel était le but de votre déplacement ?
Rencontrer la famille olympique française. Cela peut paraître bizarre de dire qu'il faut venir à Tokyo pour la rencontrer mais alors que le comité national olympique et l’ensemble des autres fédérations sont à Paris, la Fédération Française de Surf est à Hossegor. Ça crée de l’éloignement. Aller aux Jeux était l’occasion de se retrouver, c'était important. Et puis, lorsque l’on se rencontre en dehors de France, il y a aussi ce sentiment d’appartenance. Le surf fait partie du mouvement sportif français. Nous formons tous une équipe. J'ai aussi croisé plus que rencontré, soyons honnêtes, les autres présidents de fédérations nationales de surf sur le site de compétition. J'ai fait la connaissance de Fernando Aguerre, le président de la fédération internationale (ISA). Nous avons développé certains sujets comme Paris-2024. J'ai échangé avec Tony Estanguet sur son prochain déplacement à Tahiti pour l'organisation de l'épreuve de surf, et sur le travail qu’il nous reste à faire pour nous engager totalement pour Paris-2024.  

Quel bilan le président de la Fédération dresse-t-il de nos résultats sur ces Jeux ?
Je le vois à travers deux entrées. C’est tout d'abord une fierté d'avoir une 5e place avec Michel Bourez et c'est aussi une déception parce que je pense à l'athlète qui repart sans médaille. Nous pensions en décrocher, et je sais que les premiers déçus sont les athlètes. Évidemment, nous devons tous ensemble partager cette déception. Je vois clairement qu’on doit aborder les JO à travers le sentiment d’appartenance à une équipe, parce que c‘est l’équipe qui va porter le résultat et pousser les athlètes à chaque série. Il faut bien l'intégrer et voir comment renforcer le sentiment d’appartenance, améliorer la vie de groupe, pour réaliser la performance.  

Vous avez assisté à la compétition mais n'avez eu que des contacts épisodiques avec les techniciens présents, dû aux restrictions sanitaires. Cela a-t-il été un crève-cœur ? 
J’observe que les autres présidents de fédérations subissent eux aussi cet éloignement, certains suivent même leurs sportifs depuis leur télé à l'hôtel ou au Club France de Tokyo. C'est la première fois qu'il y a autant de séparations, mais c’est le lot commun de toutes les disciplines. Oui, ça a été un crève-cœur pour moi, parce que c'était un moment où j'étais un peu seul et impuissant. Mais je savais que l'équipe était entourée d'un staff technique qui a fait le boulot. S'est ajoutée la difficulté de l’éloignement puisque j’étais logé à Tokyo, à 1h45 de route. Mais j'étais présent tous les jours pour les voir à l'eau (depuis l'espace réservé aux officiels, ndlr). Mais je ne vais pas me plaindre des conditions dans lesquelles j'ai traversé ces Jeux parce qu’à chaque moment, j'ai pu me dire : « Je suis en train de vivre l’histoire ». C'était une chance et un honneur.  

Avec vous, c'est aussi le surf des clubs, des comités et des ligues, qui était aux Jeux…
Durant les Jeux, et particulièrement sur le site olympique du surf, j'ai pensé à tous ceux qui étaient là avant moi. J'ai réellement pensé à eux. J'ai pensé à Jacques Fagalde en me disant, « il serait aussi légitime et ça aurait été bien qu’il vive ce moment ». J'ai pensé aux clubs, à tous ces gens, ces bénévoles, ces élus, ces adhérents, ces salariés, ces agents de développement. C'était leur équipe qui était aux Jeux ! Nous sommes la fédération mais la fédé n’est rien sans l’ensemble de ses clubs, ses comités départementaux et ses ligues. J’étais seul mais pas tant que ça. Alors oui, il y a eu des heures de route, l’éloignement avec l’équipe, mais beaucoup auraient signé pour être à ma place. J’ai un très bon ami, il se reconnaitra, qui m'a offert le livre sur la vie de Duke Kahanamoku. On y apprend qu’en 1912, aux Jeux de Stockholm, il est nageur pour l'équipe américaine et lance l’idée du surf aux Jeux. Des décennies plus tard (1992, ndlr), et on n'en parle jamais, un Français, Jacques Hèle, président de la fédération internationale, a initié le mouvement pour qu'on soit là. Aujourd'hui, on vit le rêve olympique de Duke, avec le travail d'un Français qui était aux manettes pour le démarrage de l'aventure. Et moi je me suis trouvé là, heureux bénéficiaire de tous ces gens qui ont travaillé.  

Le regard des autres sports sur le surf a-t-il changé selon vous ?
Le surf est pleinement accueilli dans la famille olympique. Je l’ai constaté dans les questions que m'ont posées les autres présidents de fédérations, notamment sur l’organisation, le fonctionnement, les règles de compétition, etc… On est bel et bien rentrés dans la famille universelle du sport. Avec des adversaires et de la rivalité, bien sûr, mais dans une ambiance générale fraternelle et bienveillante, qui sera bénéfique pour le surf.  

On a senti une vague d'engouement sans précédent pour les Jeux Olympiques…
J’ai vu l’implication de tout le monde et je tiens à les remercier. On a une équipe d'élus, de salariés et de techniciens qui sont motivés. Les JO sont un formidable booster d’ambitions et d'enthousiasme. Je le vois rien que pour moi. Je suis à bloc, j’ai envie qu’on fasse plein de choses, qu’on avance, qu’on gagne ! Ce n’est pas que je ne l’avais pas avant… mais aujourd'hui je l'ai bien plus. On repart de Tokyo avec cette belle 5e place porteuse d'espoirs, nous avons nos quatre surfeurs dans le Top 9, on confirme qu'on fait partie des grosses nations du surf mondial. Mais j’aimerais bien qu’on ouvre le champagne pour une médaille, comme d’autres sports l’ont fait au Club France à Tokyo.

Tokyo-2020 s'est refermé pour le surf qui a déjà basculé sur Paris-2024 et la compétition olympique de surf qui se tiendra à Tahiti. Quel va désormais être le programme de la Fédération sur le sujet ?
Tahiti a commencé mardi, dès que nous avons refermé notre chapitre japonais. On était venu à Tokyo avec des ambitions, qui se sont partiellement réalisées. On a appris tellement de choses. En observant les autres disciplines, on a touché ce que pouvait être l’organisation du sport de très, très haut niveau. Je ne dis pas qu’il y avait une ignorance là-dessus, mais il y a des enseignements à tirer. Le temps de Tokyo-2020 est terminé pour nous, le temps de Paris-2024 est ouvert. Et là, les ambitions doivent être décuplées. C’est une certitude. On ne peut pas y aller sans avoir l’ambition de prendre les médailles d’or. Ce sont les Jeux de la France, la France large avec nos amis Polynésiens. Le travail a évidemment déjà commencé mais on doit désormais s'y consacrer. 

Quel rôle la Fédération va-t-elle jouer pour ces Jeux de 2024 ?
On va notamment travailler et peser sur le système de qualifications pour Teahupo'o. C'est primordial. Je vais travailler sur ces questions avec les techniciens français et aussi être dans le rôle politique. Qui pourra se qualifier ? Sur quels critères ? Il y a un gros travail à faire et rapidement. Je sais que tout le staff technique français a déjà travaillé sur l’accompagnement de l’équipe, la partie entraînements, la découverte de Teahupo'o pour certains surfeurs depuis plusieurs mois. Paris-2024 va vite arriver, c'est déjà demain. Et Los Angeles 2028 va arriver très vite aussi.  

 

LAJUNCOMME ESTANGUETA Tokyo, le président de la Fédération a rencontré et échangé avec Tony Estanguet (à gauche), le directeur des Jeux de Paris-2024, avec lequel il a posé en compagnie des surfeurs Jérémy Florès, Michel Bourez et Pauline Ado, mercredi au Club France. 


 

Dernière modification le : 29 juillet 2021
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