« La plus belle des reconnaissances »

Jean-Luc Arassus, le président de la FFSurf, entouré de Tony Estanguet (à droite) et Bernard Lapasset. Jean-Luc Arassus, le président de la FFSurf, entouré de Tony Estanguet (à droite) et Bernard Lapasset.  © DR

Jean-Luc Arassus, le président de la Fédération Française de Surf se dit particulièrement ému et fier de l’entrée de la discipline au programme des Jeux Olympiques de Tokyo 2020, comme l'ont décidé les membres du Comité international olympique ce mercredi à Rio de Janeiro. 



Le surf fait son entrée aux Jeux Olympiques, quel est votre premier sentiment ?
« L’émotion, c’est certain. Cette reconnaissance est celle qui a le plus de valeur pour un sportif, et donc pour une fédération sportive. De la fierté aussi parce que le combat de l’International Surfing Association (ISA) a été très compliqué. Il faut avancer de très bons arguments pour être retenu par le Comité International Olympique. Et enfin, j’ai beaucoup d’espoirs : être visible par des milliards de personnes a une dimension que l’on a du mal à encore complètement imaginer sur la reconnaissance du surf. »

Quand bien même il fallait attendre l’officialisation de l’inclusion du surf par le CIO, vous saviez depuis plusieurs mois que l’affaire était entendue...
« Nous avions des indicateurs, depuis même un an, qui étaient assez significatifs sur l’évolution des discussions à Lausanne (Suisse, siège du CIO), sur l’intérêt des membres du CIO sur le surf et sur la nécessité du CIO à intégrer des sports « outdoor ». Il y a également eu les résultats des différentes commissions au terme des 5 étapes que le surf est parvenu à franchir. On est parti de 28 disciplines pour arriver à 5 disciplines recommandées par le comité exécutif du CIO. A chaque fois, nous avions des informations toujours très positives pour notre discipline. On espérait effectivement que ce résultat soit officialisé. »

« Il y a eu des moments de doute »

Le monde du surf et la Fédération Française de Surf sont-ils toujours restés optimistes pour cette inclusion ?
« Il y a forcément eu des doutes. Accentués par tout ce qui secoue l’univers de l’olympisme : le dopage, les soucis brésiliens sur l’accueil des JO de Rio, l’absence de nombreux joueurs de golf professionnels à Rio. Nous nous sommes par ailleurs interrogés sur la capacité du monde du surf à se mobiliser pour cette inclusion. Nous avons attendu une communication claire de la World Surf League (WSL) pour que les athlètes du tour mondial professionnel puissent intégrer leur équipe nationale (c’est désormais chose faite, ndlr). Nous étions aussi suspendus à l’avis de la commission technique du CIO qui valide la faisabilité de l’épreuve de surf pendant les Jeux, etc... Tout ces points auraient pu amener le CIO à revoir sa position. Il y a eu des moments de doutes, oui. »

Il aura fallu 22 ans entre le premier pas de l’ISA vers le CIO et l’inclusion du surf aux Jeux Olympiques. Ce (presque) quart de siècle a-t-il été trop long, juste ou finalement assez court ?
« Sincèrement, je n’ai pas la culture sportive suffisante pour savoir si 22 ans c’est peu ou long pour une inclusion olympique. Ce que je sais, c’est que depuis les Jeux de Los Angeles en 1984, la machine olympique est devenue très performante. Tout le monde est désormais très intéressé par les JO. La qualité du combat de Fernando Aguerre, le président de l’ISA, est vraiment à souligner. 25 ans pour accéder au Graal, c’est sans doute peu. Cela représente cinq olympiades, et le temps de l’Olympisme n’est pas le temps des fédérations nationales. Nous, fédérations, travaillons sur des années quand le CIO travaille sur des Olympiades de quatre ans, voire sur l’élection des villes hôtes sur 10 ans. Pour Fernando Aguerre, ça a néanmoins dû être très long. »

« Nous avons modestement participé à cette quête »

La Fédération Française de Surf a-t-elle eu un rôle à jouer dans l’inclusion du surf au programme olympique ?
« Dans la mesure où la France est un pays avec une histoire olympique, avec plusieurs des représentants au CIO : Guy Drut, Jean-Claude Killy, Tony Estanguet et Bernard Lapasset, nous avons essayé de démontrer à nos interlocuteurs, au niveau national, que le surf avait toutes qualités, toutes les compétences, et avait connu une évolution dans son universalité, pour être un candidat sérieux à l’intégration des JO. Tony Estanguet aime le surf et la glisse. C’est une activité qui lui parle. Son positionnement a permis au surf d’être plus entendu, plus écouté. A notre niveau, nous avons tenté de jouer sur les leviers que nous avions pour être présents. La FFSurf a intégré un groupe des relations internationales au sein du CNOSF, qui a été à l’écoute et même très bienveillant quant à nos arguments. Modestement, nous avons participé à cette quête. »

Qu’est-ce que les Jeux Olympiques vont changer pour le surf en général ?
« Les Jeux ne vont pas révolutionner le surf. Ce n’est d’ailleurs pas l’objectif. Pour la Fédération, le surf au quotidien ce sont les surfeurs, les clubs, les écoles, les élus impliqués. Cela reste une histoire de terrain avec du travail de fond sur nos plages. Les Jeux, par contre, vont changer l’image de notre discipline. Quand bien même il nous faudra attendre une deuxième participation aux JO (soit 2024) pour devenir une fédération olympique, nous allons être reconnus comme une discipline à part entière. Cette reconnaissance, tout au moins chez nous, en France, nous permet de rentrer dans un dispositif auquel nous n’avions pas accès. Je pense ici à la préparation olympique.
Nous allons davantage nous professionnaliser sur l’entraînement car les contraintes vont être énormes pour rentrer dans le cadre olympique. Nous allons être obligés de nous professionnaliser, avoir plus de rigueur, plus de réflexion sur les programmes à mettre en place. D’autant que le surf français a une réelle carte à jouer pour les podiums hommes et femmes aux JO de 2020. J’espère d’ailleurs que l’Etat nous accompagnera dans le cadre du haut niveau pour nous structurer davantage encore. Nous n’emmènerons pas 50 athlètes aux Jeux (1 homme et 1 femme par pays qualifiés; voire 2 au maximum, ndlr). Nous allons toucher un nombre restreint de sportifs pour les sélections olympiques. Mais nous serons néanmoins plus présents dans le cursus de nos sportifs de haut niveau. »

« La prochaine échéance est l'obtention et l'organisation des Mondiaux de surf 2017 en France »

Quid de Tahiti ?
L’inclusion du surf aux Jeux Olympiques va nous permettre d’avoir une vraie collaboration avec nos compatriotes de Tahiti. Si Tahiti sera toujours présente aux championnats du monde de l’ISA (depuis 1990, ndlr), le CIO ne reconnaît que la France pour les JO. Comme les autres Fédérations Françaises, nous allons avoir obligation d’intégrer nos amis tahitiens dans le processus de sélection en équipe de France olympique. Cela sera la même chose pour Hawaii avec les Etats-Unis. Mais, avec le Directeur Technique National, nous nous pencherons en temps voulu et nous rencontrerons les dirigeants tahitiens pour discuter de cela. »

Que va faire la Fédération Française de Surf durant les quatre années qui vont mener à Tokyo-2020 ?
« La première échéance de la nouvelle olympiade est l’organisation des championnats du monde des nations en 2017. Nous saurons dans quelques jours si la candidature française pour les World Surfing Games 2017 a été retenue par l’ISA. Ces Mondiaux seront très importants, ils se disputeront en mai-juin de l’année prochaine, soit durant la phase de candidature de Paris-2024. Ces Mondiaux seront véritablement les premiers de l’ère olympique. Il nous faudra ensuite être présents de manière récurrente sur tous les championnats du monde qui nous mèneront aux qualifications pour les JO-2020, même si on ne connait pas encore leurs modalités.
Nous allons travailler sur la continuité avec nos jeunes qui sont encore dans les catégories juniors et avec nos meilleurs Open. Nous allons faire en sorte de les accompagner durant les quatre années à venir. La Fédération Française de Surf va également apporter son soutien indéfectible à la candidature de Paris-2024, en se mobilisant au niveau de tous nos licenciés et adhérents. Ce projet est très fédérateur et porteur, pendant 7 ans, d’une dynamique au niveau du sport français laquelle sera très intéressante. »

 

CHRONOLOGIE

REACTIONS

INTERVIEW DIRECTEUR TECHNIQUE NATIONAL


LE SURF AUX JO-2020
- Le format pour le surf aux JO de Tokyo 2020 sera de 40 surfeurs (20 hommes et 20 dames).
- La compétition olympique se fera dans les vagues de l’océan, pas dans une piscine à vagues.
- Les spots éventuels ont déjà été étudiés et sélectionnés
- La compétition se disputera sur deux semaines lors d’un Festival du surf
- La culture surf sera mise à l’honneur au cours de ce Festival avec une partie artistique (musique, peinture...) et une partie sportive où seront incluent les autres disciplines de la famille du surf comme le longboard, le bodyboard...
- Les procédures de sélection seront officialisées d’ici la fin 2016 ou en cours d’année 2017.
- Les qualifications pour les JO 2020 ne se feront pas avant 2018 ou 2019.
- Les 3 nations fortes du surf : USA, Australie et Brésil, pourraient avoir plus d’athlètes aux JO que les autres pays.
- Le CIO a déjà décidé d’un maximum d’athlètes par pays.
- La WSL soutient l’ISA et le projet olympique. Elle a d’ores et déjà assuré de la participation de ses meilleurs surfeurs.

LES JEUX OLYMPIQUES
Créés en Grèce en 776 avant JC, ils ont été rénovés à la fin du XIXe siècle par le Baron Pierre de Coubertin. Les premiers Jeux modernes ont lieu à Athènes en 1896. Ils sont organisés tous les quatre ans par le Comité international olympique. 206 pays sont représentés pour un total d’environ 10.500 athlètes amateurs et professionnels, hommes et femmes. 35 disciplines sont au programme.
Site web officiel : www.olympic.org

L’INTERNATIONAL SURFING ASSOCIATION
L'International Surfing Association ou ISA est la Fédération international de surf, seule reconnue par le Comité international olympique (CIO) en tant qu'autorité d'administration mondiale pour le surf. Créée en 1964 sous le nom de l'International Surfing Federation (ISF), elle a été renommée ISA en 1976. Elle organise les championnats du monde de surf depuis 1964, et les championnats du monde juniors depuis 1980.
L'ISA est l'autorité régissant le monde pour le surf et toutes ses disciplines, y compris le bodyboard, le kneeboard, le longboard, le tandem, le skimboard, le bodysurf et le Stand Up Paddle. L'ISA travaille au développement du surf dans ses pays membres (100).

Dernière modification le : 13 mai 2019
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