Pauline Ado : « La charge émotionnelle est très forte »

 

POPO QIUALIF PORTAIT

Championne du monde en 2017, toujours en course pour un second titre mondial, Pauline Ado (30 ans) a décroché sa place pour les Jeux Olympiques 2021 ce samedi au Salvador. Entretien.


Est-ce que tu réalises que tu vas aux Jeux Olympiques ?
Non, pas encore. J'ai vraiment du mal à réaliser. C'est tout frais. Je me projette un peu mais ça a été un processus si long, avec une dernière semaine tellement éprouvante que c'est dur de tout relâcher d'un coup.

Ce n'est pas ta plus belle série techniquement, mais sans doute la plus belle de ta vie ?
Je l'ai comparé à certaines compétitions où je me suis qualifiée sur le fil. Mais je n'avais jamais vécu une telle charge émotionnelle. Toute la semaine a été très difficile.
Et puis, ce matin, je perds ma première série. Et très vite ensuite, je suis en repêchages avec Vahiné (Fierro) et Paige (Hareb) avec qui je suis très proche et qui visait elle aussi les Jeux. J'ai fait abstraction de tout ça. La déception de la première série, m'a permis d'être plus calculatrice. Même si tout a été loin d'être parfait, j'ai été plus sereine.

Comment as-tu vécu cette annonce officielle ?
J'ai attendu les résultats au bord de l'eau, je savais que passais au tour suivant. Mais je ne savais pas si qualifiée. On avait un petit doute. Quand Fernando Aguerre (le président de l'ISA) est venu me le dire en personne ça a été énorme. Pfff ! La charge émotionnelle a été très forte. Elle l'est toujours.

Ta très longue expérience t'a forcément servie. Qui plus est sur une compétition ISA que tu connais depuis plus de 15 ans…
C'est sûr que mon expérience me permet de mieux me connaître. J'analyse plus vite sur quel point j'ai pêché : l'état d'esprit, l'attitude, la technique. Tout ça fait aussi que j'ai pris la décision de m'isoler cette semaine. Il y avait évidemment le contexte sanitaire mais pas que. Avec tous ces enjeux, j'ai senti le besoin de créer une maxi bulle autour de moi. Par expérience, je sais que, dans certains contextes, dans certaines compétitions, j'ai besoin de ça.

Il y a deux ans, tu n'étais plus sur le CT et tu n'avais pas été retenue en équipe de France lors des premiers Mondiaux qualificatifs pour les JO ? As-tu douté ?
Il y a deux ans, je n'étais effectivement plus en équipe de France. J'ai vraiment été au plus bas fin 2019. Mon premier objectif a été de retrouver des résultats sur les QS. Puis de me sélectionner en équipe de France. La route a été tellement longue. Il y a des moments où j'étais tellement loin que je me suis forcé à prendre les étapes les unes après les autres en m'interdisant de me projeter sur Tokyo. En mars 2020, j'étais en pleine bourre et il y a l'arrêt de la saison à cause de la pandémie. Je me suis dit : la qualification parait encore très loin mais j'ai encore une chance. J'ai fait les choses différemment à partir de ce moment-là.

FRA ath Pauline Ado ath ph Ben Reed ph 4Qu'est-ce que tu as changé ?
Le plus gros changement a été mon état d'esprit. Ne pas aller aux Mondiaux en 2019 m'a fait relativiser. J'étais trop happée par l'objectif et j'en oublié ce qu'il fallait que je mette en place toute seule pour réussir. Après m'être éparpillée, je me suis recentrée sur moi.

Les Jeux sont-ils l'aboutissement de ta carrière ?
Je me dis que je pourrais répondre à cette question quand je l'aurais vécu. J'ai des images des autres Jeux, je me vois porter la tenue de l'équipe de France, être aux côtés des monstres du sport. Je vais surtout profiter de ce moment qui vient. Avec évidemment l'objectif de performer.

Les Jeux auront lieu dans de petites vagues. Tu connais ces conditions pour avoir déjà été au Japon…
J'ai été plusieurs fois au Japon, jamais sur le site spécifique des JO. J'ai connu plusieurs types de vagues là-bas, du gros swell à des vagues minuscules. Ce ne sera pas world class. Mais ça peut aussi créer des opportunités. Il va y avoir beaucoup de monde, des filles du CT et d'autres. Je vois ça comme une opportunité.

Le stage que la fédération a organisé en avril au Salvador, sur les vagues des Mondiaux, a-t-il joué pour ta qualification ?
Oui. On savait à quoi s'attendre en arrivant ici il y a dix jours. On savait qu'il y avait du swell, on connaissait le climat, la nourriture. Je suis arrivée ici beaucoup mieux préparé que lors du stage. Même si beaucoup d'équipes ont fait la même chose, je me suis sentie moins surprise que si je n'étais jamais venue. Je savais où était la mise à l'eau, quel type de planche choisir, etc…

Tu viens du Pays basque et le berceau du surf français aura un représentant aux Jeux. Ça a une signification pour toi ?
On est une région où la culture surf est forte avec des surfeurs talentueux. Dernièrement, on n'a pas été aussi forts que la Réunion ou Tahiti. Ça ne m'a pas influencé mais ça fait partie de ce que je suis. Je suis fière de représenter ma région.

Tu retrouveras aux Jeux Johanne Defay, ta "team mate" !
Les deux années qu'on a passées avec Johanne sur le CT (2016 et 2017) nous ont rapproché. Elle est une source d'inspiration. Je suis contente et fière de représenter la France à ses côtés.

FRA ath Pauline Ado ath ph Pablo Franco ph 680A qui penses-tu quelques heures après cette qualification et qui veux-tu remercier ?
J'ai peur d'oublier des gens. Le surf est un sport individuel mais il implique beaucoup de personnes forcément. Je veux surtout dire merci à mon mari, Rémi. Il suit tout ce que je fais. Il n'est pas mon coach mais c'est tout comme pour moi. Il vit mon quotidien et prend une grande part dans ce que je fais. Merci aussi à ma famille. Il y a aussi les gens avec qui je travaille au quotidien : Xavier Mondenx, mon préparateur physique. Mélanie Maillard ma préparatrice mentale. Et puis aussi les coaches de la fédération. Depuis Tahiti et le stage au Salvador, il y a eu beaucoup d'échanges, des entraînements en France. Beaucoup de choses se sont mises en place positivement. Ça a créé une émulation entre nous.

Les Jeux sont dans moins de 50 jours. Quel va être ton programme ?
Je rentre en France, il y a un dernier réglage avec le QS de Pantin, peut-être une compétition fédérale. Mais surtout, je vais bien me reposer après ces Mondiaux. Et je vais vite repartir avec ce nouvel objectif. Les JO sont mon objectif depuis des années.

 

 

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