Stéphane Corbinien : « Une des plus belles victoires des équipes de France »

CORBI SALVADOR BILAN

Le directeur de la performance du surf français revient sur la formidable victoire de l'équipe de France aux championnats du monde 2021, la semaine dernière au Salvador. Stéphane Corbinien parle du contexte complètement fou qui a entouré la douzaine de jours passés en Amérique centrale, explique le processus qui a permis aux Français de retourner la situation en leur faveur, et se projette déjà sur le rendez-vous olympique du mois prochain à Tokyo.



L'avant Mondiaux
« Ces championnats du monde étaient une étape importante pour nous. Surtout dans la planification de notre organisation pour les Jeux Olympiques. Et parce qu'un championnat du monde est toujours un des objectifs les plus important pour la France. On a bien sûr en amont préparé le staff et les athlètes à ces Mondiaux. Une des objectifs était de réunir le staff technique qui sera présent à Tokyo 2020 et aux Jeux de Paris 2024. Nous voulions le mettre dans une situation de préparation et de performance à fort enjeux. Jusqu'à présent, les Championnats du monde étaient la compétition la plus importante pour les équipes de France de surf. Les Jeux deviennent aujourd'hui la compétition la plus importante pour nous. »

L'état d'esprit à l'arrivée au Salvador
« On est arrivé ici avec des contraintes liées à la pandémie, on s’était préparé à ça. On a fait une préparation à Tahiti en novembre 2020, puis une préparation en situation de compétition avec la sélection des féminines lors d'un second stage, au Salvador en avril.
L’objectif principal de ces Championnats du monde était d’être en capacité d’aller chercher la dernière place qualificative pour les JO, et de remplir tous nos quotas. On avait préparé nos filles à cet objectif, dans l’adversité, en les faisant rencontrer des situations complexes. »

Le scénario catastrophe
« Tous nos athlètes arrivent négatifs au test PCR obligatoire pour l'entrée au Salvador, et 90% du staff est vacciné. Les premiers entraînements se passent très bien, l’équipe est dans de bonnes conditions. Lors du deuxième test PCR, la veille de l'ouverture des Mondiaux, certains de nos athlètes et des membres du staff sont déclarés positifs. On est convaincus que c’est une erreur.
Nos deux athlètes et les deux membres du staff sont transportés dans un hôtel en ville. On est coupés d'eux. Il nous faut affronter cela. On demande une série de tests complémentaires. Jusqu’au dimanche, et alors que la compétition a débuté, on a deux athlètes en quarantaine. On réussit à s’organiser pour que nos surfeuses puissent faire la compétition si leurs tests reviennent négatifs.
On commence la compétition avec l’autre partie de l’équipe dans des conditions très complexes. Il nous faut rester lucides, ne pas abandonner, ne pas baisser la garde, relever la tête. On a très peur de perdre totalement toute l’équipe, il faut la remobiliser. Remobiliser le staff et préserver l’intégrité physique des athlètes. On a pris les difficultés rencontrées comme une source de motivation pour l’équipe.

ph Sean Evans ph 3

La reconstruction d'un collectif
« Le lundi, Cannelle et Vahiné sont négatives ! Elles peuvent donc faire la compétition mais en débutant par le premier tour des repêchages avec un programme marathon si elles veulent aller au bout. On est donc encore vivants et on peut aller au bout. On se reconstruit série après série, journée après journée en étant vigilant avec les filles qui passent en repêchages, tout en sachant que Jérémy Florès, Michel Bourez et Joan Duru, avec leur expérience, vont faire le travail. On avance en vivant le moment présent comme le moment le plus important. Et chaque journée construit la suivante.
Cannelle fait une très belle compétition même si elle se fait sortir en première. Elle perd dans des conditions difficiles, sans deuxième chance. Vahiné fait huit séries et s'arrête au 8e tour des repêchages après 7 séries remportées d’affilé. C'est un exploit dans des championnats du monde avec autant de tension. Je les remercie toutes les deux pour leur implication, elles ont apporté leur pierre à l’édifice. »

La folle semaine bleue
« Les garçons avancent dans le tableau principal, et restent solidaires pour encourager toutes les séries des filles. Ils ont puisé de l’énergie pour les accompagner. Et ils ont fait un championnat du monde exceptionnel. Je remercie Michel (Bourez), que l'on perd la veille des deux journées finales, qui sont les plus importantes. On le perd parce qu’il est blessé et notre docteur veut le préserver pour les échéances suivantes et notamment les Jeux Olympiques.
On entre dans le dernier week-end avec quatre athlètes encore en lice. Pauline et Vahiné se retrouvent dans la même série, qui va décider laquelle des deux décrochera sa place pour les JO. Pauline passe. C'est un magnifique exploit, elle va chercher cette place qualificative. Vahiné est juste derrière et ne sera pas aux Jeux après une compétition incroyable. Si les quotas n'étaient pas remplis (Johanne Defay avait déjà sa place assurée, ndlr), Vahiné aura aussi été qualifiée puisqu'elle termine dans le Top 7 éligible de ces mondiaux qualificatifs pour Tokyo. Elle est très jeune, elle les fera dans le futur. »

FRA ath Jeremy Flores ath ph Ben Reed ph 11

Jour de finales, jour de gloire
« Le dimanche, jour des finales, on est en position de challenger et avec 3 athlètes on joue le titre. On sait d’où l’on vient et on garde la tête froide jusqu’au bout. Pauline fait une magnifique première série mais perd dans la deuxième en ayant pris des risques. C’est ce qu’on voulait qu’elle fasse. Il n'y a aucun regret, elle était déjà qualifiée et elle termine à une belle 6e place. Elle nous apporte des points très importants dans la course au titre mondial par équipes.
On a deux français en finale contre deux Japonais. Les titres en individuel et par équipes vont se jouer sur une dernière série. Tout peut arriver. Jeremy est guerrier jusqu’au bout et Joan fait une finale magnifique, de très haut niveau. Il est champion du monde ! Le parcours de nos six athlètes et ces deux médailles d'or et de bronze nous permettent d'aller chercher ce titre de champions du monde par équipe ! »

La portée de la performance
« Pour moi, c’est une des plus belles victoires des équipes de France. Dans un des championnat du monde de surf les plus difficile. Les Japonais sont une des meilleures équipes du monde. Il fallait les battre, et c’est un énorme exploit. Les athlètes des pays émergents sont de plus en plus préparés, de plus en plus forts. Ces championnats du monde sont plus forts que ceux de Biarritz (2017, ndlr).
Même si certains surfeurs du CT ont préféré baisser les bras pour se préparer pour les Jeux, ça n'en reste pas moins une édition de très haut niveau. Beaucoup d'athlètes du CT ont joué le jeu jusqu’au et ont tout fait pour aller chercher une qualification et d’autres voulaient absolument gagner le titre de champion du monde par équipes, notamment le Japon, le Portugal, l'Australie, le Pérou. On a bien vu aussi que certaines stratégies de certains athlètes étaient de se dire : « Si on peut déjà éliminer des adversaires pour les JO, faisons-le dès maintenant ! » C’est le cas de l’Australie j'en suis persuadé. Sally Fitzgibbons est championne du monde, Owen Wright, Ryan Callinan, Stéphanie Gilmore n'ont pas fait de séries à moitié. Sans compter les pays qui sont venus chercher leur qualification pour les Jeux et qui n’ont rien lâché. »

Mission remplie
« Vu d’où l'on vient, après ce que l'on a traversé, c’est une belle histoire. On est contents d’avoir réussi cet exploit. Joan montre qu’il est bien un des meilleurs surfeurs du monde, si certains avaient encore des doutes. C'est un athlète incroyable. Comme Jérémy et Michel. Merci à nos trois féminines et à Pauline Ado pour sa qualification olympique. On les remercie toutes et tous pour les points qu’ils ont tous remporté, pour ce titre de champion du monde collectif. Merci aussi à tout le staff. Le travail effectué par chaque membre pour construire cette victoire va nous aider à grandir pour le futur. »

FRA ath Joan Duru ath ph Ben Reed ph 15

Joan Duru qui n'est pas qualifié pour les JO
« C’est une énorme déception pour Joan, qui est arrivé au Salvador en sachant que, quel que soit son résultat, il ne serait pas qualifié. Même si pour nous c’est une satisfaction d’avoir Jérémy et Michel aux Jeux, on ne peut qu'être déçu pour Duru. Je veux en tout cas le remercier pour ce qu’il a fait. C'est juste incroyable. Il l’a fait pour le sport, parce qu’il voulait être là et gagner la compétition pour lui et pour l’équipe de France. C’était un engagement total, il a prouvé qu'il avait sa place en équipe de France, qu'il a mérité sa sélection. Je rappelle qu’il est vice-champion du monde en 2017, et qu'il aurait dû gagner à Biarritz. Il avait déjà participé au titre mondial de l’équipe de France cette année-là. Je suis sûr qu’il sera dans la course à la qualification pour Tahiti car il est une potentielle médaille à Teahupo'o en 2024. »

Un mode de sélection olympique à repenser
« On a eu des réunions avec le président de la fédération internationale Fernando Aguerre, et avec Robert Fasulo, le directeur exécutif. On leur a dit clairement qu’on n'était pas satisfaits du système de qualification. On fera ce retour pour Paris-2024. On veut absolument changer ce système qui, pour nous, et malgré que l’on ait quatre qualifiés, n’est pas équitable. Il y a vraiment des choses à améliorer. On va travailler avec la fédération internationale. On a l’intention de peser lourd dans la balance pour faire en sorte que le système devienne plus intelligent. Que les athlètes aient une feuille de route claire. Et qu’un champion du monde puisse, sur la dernière ligne droite de la compétition la plus importante se qualifier. »

Et déjà Tokyo
« Le sport de haut niveau est un éternel recommencement. On est champions du monde. On a qualifié des athlètes pour les Jeux. Mais ce n’est pas fini. On doit essayer de penser tous les scénarios et les réadapter pour la compétition suivante. La stratégie olympique a commencé il y a bien longtemps. Il était inscrit dans notre planning que les championnats du monde étaient une répétition pour le staff et les athlètes pour Tokyo. Tout est perfectible, il y a des choses qu’on a très bien faites, mais il y a toujours des choses à améliorer.
Tokyo sera une autre aventure, qui va nous faire affronter d’autres complexités et des moments très forts en émotions. On ne serait pas champions du monde si on n'avait pas réussi à gérer les émotions pour être prêts dans les temps forts. Il faut que l'on se remobilise très rapidement. Il faut apprendre de cette victoire. On est challenger sur ces JO. On ne va pas se mentir, on n'est pas les favoris, on le sait. Mais on a des athlètes incroyables, qui figurent parmi les meilleurs au monde, On va essayer d’aller créer l’exploit à Tokyo. »


FRA ath Team ath ph Sean Evans ph


LES RÉSULTATS DES MONDIAUX

FINALE MESSIEURS
1. Joan Duru (France) 14,94
2. Kanoa Igarashi (Japon) 13,74
3. Jérémy Florès (France) 12,94
4. Hiroto Ohhara (Japon) 6,83

16. Michel Bourez (France)

FINALE DAMES
1. Sally Fitzgibbons (Australie) 14,10
2. Yolanda Sequeira (Portugal) 9,20
3. Teresa Bonvalot (Portugal) 9,04
4. Daniella Rosas (Pérou) 5,26

6. Pauline Ado (France)
9. Vahiné Fierro (France)
29. Cannelle Bulard (France)


CLASSEMENT DES NATIONS
1. France 3566 points
2. Japon 3421 pts
3. Portugal 3125 pts
4. Pérou 2748 pts
5. Australie 2523 pts
6. Allemagne 2220 pts
7. Argentine 2020 pts
8. Chili 1965 pts
9. Indonésie 1955 pts
10. Espagne 1830 pts
Nb : 51 nations classées


L'EQUIPE DE FRANCE
Messieurs : Jérémy Florès, Michel Bourez, Joan Duru
Dames : Vahiné Fierro, Pauline Ado, Cannelle Bulard
Staff : Stéphane Corbinien, Patrick Florès, Frédéric Robin, Hira Teriinatoofa, Thierry Durantel (médecin), Thibaut Paraillous (kiné)

- Qualifiés pour les Jeux Olympiques
Johanne Defay, Pauline Ado, Jérémy Florès, Michel Bourez



fra ath Pauline ado ath ph Pablo Jimenez ph


 

Dernière modification le : 10 juin 2021
Évaluer cet élément
(1 Vote)
Retour en haut

Les Partenaires Officiels  de la Fédération

BPdacia