Une nouvelle vie pour le surf réunionnais

Une nouvelle vie pour le surf réunionnais  © Photos FFS

La première compétition de surf à La réunion depuis trois ans s’est tenue ce week-end sur la plage des Roches Noires, à St Gilles les bains, un site sécurisé par des filets sous-marins de protection. Parrainé par le n.1 français Jérémy Florès, originaire de l’île, elle a notamment été marqué par une cérémonie en hommage aux victimes des attaques de requins.

 

120 compétiteurs inscrits au challenge « Nou Larg Pa »; 300 surfeurs pour former un cercle en hommage aux victimes des attaques de requins ; des milliers de spectateurs; des kilomètres de sourires; un tsunami d’émotions pour les retrouvailles du surf réunionnais avec la compétition. C’était ce week-end sur le spot des Roches Noires où les filets de sécurisation d’une des plus belles plages de La Réunion ont permis aux enfants de l’océan de communier de nouveau avec leur élément.

Depuis cinq ans, la communauté du surf réunionnais avait pris la tragique habitude de se retrouver pour pleurer un des siens. Samedi, un hommage a été rendu en mémoire des 18 victimes d’attaques de requins dans les eaux réunionnaises depuis le 19 février 2011. Au large, près de 300 surfeurs ont formé un cercle et procédé à la cérémonie de l’Aloha. Sept fois, ils ont tapé dans l’eau, crié et levé les bras. Sept fois pour les sept victimes de ces dernières années. Un moment très fort. « Magnifique car à la fois beau et triste », dira Jérémy Florès.
Une compétition festive
Puis les larmes se sont séchées. Le surf réunionnais n’oubliera jamais ce qu’il a vécu. Mais il lui faut désormais aller de l’avant. Alors les sourires, les rires, la joie ont emporté la plage des Roches Noires.
Enfants, parents, jeunes et moins jeunes, tout le monde a souhaité participé à la fête. La première des deux journées de cette compétition était placé sous le signe de l’amitié, du bonheur, de l’espérance. Et si les juges de la Ligue réunionnaise de surf ont eu bien du travail pour noter la centaine de concurrents durant trois heures, l’épreuve du tag team (relais) a fait un carton.
Pour la petite histoire, l’équipe du Radical Surf Club, le club organisateur, s’est imposé devant le Surf Club des Roches Noires (2e) et le « Mimi Team » (3e), l’équipe de Jérémy Florès qui a lui aussi participé à la fête.
Première compétition pour certains jeunes
Dimanche, la journée a été entièrement consacrée aux plus jeunes. les moins de 14 ans, une quarantaine, représentant l’avenir du surf réunionnais ont eu le spot des Roches Noires pour eux. A voir l’engouement : 38 participants pour une compétition de minimes, un record dans l’histoire du surf réunionnais, on ne pouvait rêver meilleur reprise. Meilleure relève. Les kids, en souffrance et en manque de compétition depuis trop longtemps, ont redonné le sourire à toute une communauté. En bodyboard, c’est Milo Lauthier qui s’impose et qui repart avec une planche de bodyboard offerte par Jérémy Florès. Louka Delgrange remporte la catégorie surf. Parrain et sponsor de la compétition, organisée par le Radical Surf Club avec les moyens techniques de la Ligue réunionnaise de surf, Jérémy Florès a offert quatre planches aux quatre finalistes. Des planches fabriqués par deux shapers locaux qui ont su résister aux cinq années dramatiques pour toute une île.
Le surf réunionnais a désormais rendez-vous les 5 et 6 mars pour la reprise des compétitions officielles de la Ligue réunionnaise de surf.

RESULTATS

Surf -14 ans
1. Louka Delgrange
2. Kea Jeanjean
3. Enzo Ribuot
4. Adrien Nativel
5. Antoine Devaux et Valentin Cloiseau
7. Matteo Roche et Nael Ait Bounour

Bodyboard -14 ans
1. Milo Lauthier
2. Timothé Denard
3. Eymeric Portejoie
4. Diego Pitarch
5. Balite Macquart
6. Enzo Schneider

Tag team (relais)
1. Radical Surf Club (Laury Grenier, Quentin Cesard, Julien Gigovic, Guathier de Pindray, Arthur Succaud, Laurent Bernard, Valentin Cloiseau, Jessica Ferrazzi)
2. Surf Club des Roches Noires (Romain Leclerc, Christophe Rousseau, Damien Ferrère, Guillaume Gevers, Aymeric Bévière, Gérald Bodzen, Jérémy Bévière, Adèle Bègue)
3. Mimi Team (Jérémy Florès, Fred Robin, Hugo Savalli, Eric Sutra, Etienne Vidot, Macy Machado, Nino Brochot, Robin)
4. Radical Surf Club 2
5. Pôle Vigie Espoirs
6. St Leu Surf Club
7. OPR Team et Jet Surf Club
9. Surf Club des Roches Noires 2 et St Leu Surf Club 2
11. Surf Club des Roches Noires 3 et Dodo Surf Club

REACTIONS

Jérémy Florès (n.1 français)
« C’était très fort en émotion. Mieux que dans tous mes rêves. Même si je me doutais que ça allait être fort, je ne m'attendais à voir autant de monde. Ça a été un moment magique, bien au-delà de ce que j’espérais. Le cercle au large que nous avons formé était en hommage aux victimes des attaques. On a crié sept fois au large pour chacune des sept victimes. Nous nous sommes tous souvenus de nos amis disparus. Autour de moi, il y avait leur famille, leurs amis. C’est certainement un des moments les plus intenses que je n’ai jamais connu. Etre dans l’eau avec tout le monde était très fort en émotions. C’était triste et magnifique à la fois. Depuis cinq ans, on ne parlait que des attaques de requins et La Réunion a souffert de cette image. Aujourd’hui, avec cet hommage et cette compétition, la Réunion montre qu’elle est unie, solidaire. On voulait montrer qu’on n’oublie rien, c’est pour ça qu’elle s’appelle « Nou Larg pa » qui veut dire nous ne lâchons rien en créole. »

 

Patrick Florès (adjoint à la mairie de Saint-Paul et entraîneur nationale des équipes de France)
« C'est un rêve qui se réalise ! On en rêvé depuis des années et tout se passe comme on le voulait si fort. Cette crise dure depuis cinq ans, on n’a rien lâché, on s’est battu pour voir ce retour du surf. Aujourd’hui, nous, surfeurs, avons montré notre amour pour l’océan. Nous aimons l’océan plus que tout. Je suis très heureux de voir que tous les surfeurs de la Réunion, de l’ouest, du sud, de l’est, sont là pour cette belle fête. Il y avait 300 personnes pour le cercle en hommage aux victimes, c’était magnifique. Quelle émotion. Je suis aussi très heureux de voir les services de l’Etat présents aujourd’hui. On a démontré qu’on pouvait avancer en travaillant tous ensemble en bonne intelligence. Je suis satisfait car sous mon mandant à la mairie de St Paul, j’aurais connu le début et la fin. »

Eric Sparton (président de la ligue réunionnaise de surf)
« On relance la machine. Cette première compétition se voulait festive. Elle redonne un élan au surf, avec un côté positif que l’on avait perdu depuis le début de la crise requin. Le calendrier des compétitions officielles est établie : on débutera le premier week-end de mars avec la première des quatre compétitions régionales et le championnat de La Réunion. On ira aux Roches Noires et à Boucan Canot (les deux spots sécurisés avec des filets) mais on a également fait une demande pour les Aigrettes, les Brisants et l'Ermitage (avec les vigie requins). »

Giovanni Canestri (père d’Elio, surfeur du pôle espoir de la Réunion mortellement attaqué par un requin en avril 2015)
« Je suis partagé entre une douleur extrême et une joie extraordinaire. J’ai de la joie de voir cette vie reprendre, il faut aller de l’avant, reprendre possession de l’océan. Je vois mon fils, là, dans l’eau. Il ne faut pas oublier que tout ça a été avec la mort de certaines personnes, qui n’auraient jamais du nous quitter... Tout ceci, cette compétition aujourd’hui, les filets, c’est notamment grâce à Patrick Florès. On a la possibilité de retrouver ce qui est à nous, la mer. Il faut en prendre soin. Bientôt, ce sera pour nous l’effroyable date du 12 avril. On va organiser une grosse manifestation qui ne sera pas seulement dédié qu’u surf. »

Maxence de la Grange (président fondateur de la Ligue réunionnaise de surf)
« C’est une véritable libération. Un retour à la vie normale. Depuis cinq ans, mon monde s'est écroulé. On retrouve les problèmes d'avant la crise requin : il est de nouveau impossible de se garer à Saint-Gilles ! Ça fait plaisir, je revois mes « enfants ». Je ne pensais pas que les filets étaient la bonne solution car je me disais qu'ils allaient capturer d'autres espèces. Or, on voit que c'est la bonne solution. »

Fredo Robin (vice-champion du monde 2002)
« C’est très important pour moi d’être présent à La Réunion pour partager ce moment unique. J’habite désormais en métropole mais je me sens toujours concerné par ce qu’il se passe sur mon île.On a vécu un drame. On se doit d’être solidaires. »

Etienne Vidot (pionnier du surf et président du premier club de surf à La Réunion)
« Les dalons (amis) ont ressorti leurs vieilles planches du garage ! C’est génial. Cette cérémonie était grandiose, très émouvante. Nous avons ouvert une nouvelle page de l’histoire du surf réunionnais. Rien ne sera plus comme avant. Les « petites bêtes » qui sont au large sont là encore pour longtemps, il nous faut apprendre à vivre avec elles. Pas à les exterminer. Nous, surfeur, vivons avec notre environnement. Les filets ? C’est une nouvelle façon de surfer. Je félicite la commune de Saint-Paul et l'Etat français qui ont ouvert les yeux et mis en place ce dispositif. Les « anciens » seront toujours là pour protéger les jeunes et trouver de nouvelles alternatives, comme une piscine à vagues peut-être ?... » 

La lettre d’Eric Dargent


Victime de la première des 18 attaques successives le 19 février 2011, le Martégal Eric Dargent a écrit une lettre émouvante que Patrick Florès a lu à l’assistance samedi midi.
« J’ai subi une attaque de requin à la Réunion le 19 février 2011. Cela fait 5 ans maintenant ! Une date qui résonne tous les jours dans ma tête. Amputé de jambe, une partie de moi est à tout jamais à la Réunion ! J’ai souffert après chaque attaque, j’ai pleuré pour toutes les victimes... Aujourd'hui est un grand jour !
Aujourd'hui, ensemble, amoureux de la mer, passionnés des vagues, vous êtes là, rassemblés, pour partager simplement le plaisir que peut apporter l'océan... Et pour tous ceux qui ne sont plus là, pour ceux qui sont irrémédiablement blessés physiquement ou dans leur cœur, la plus belle chose que l'on peut faire est de continuer à lier l'homme à l'océan et de vivre nos passions... J’espère un jour pouvoir vivre cela avec vous. Cela sera pour moi une belle revanche personnelle, face à la fatalité de la vie que l'on subit mais aussi que l'on dirige.
Soyons acteurs de nos rêves, pour nous et pour le futur. Prenons soin de notre océan. Nous en sommes chacun le gardien.
Je remercie spécialement tous ceux qui œuvrent à la sécurisation de l'océan à la Réunion et qui, plus que quiconque, le font dans le respect de la nature et d'un équilibre qui existait jusque là.
Mon cœur est avec vous. »
Eric Dargent

LES COMPÉTITIONS RÉGIONALES EN 2016
La Ligue réunionnaise de surf a dévoilé son calendrier : cinq compétitions sont au programme de la reprise, qui se fera dès le week-end des 5 et 6 mars prochains à Boucan Canot ou aux Roches Noires. Puis la LRS organisera une autre épreuve en avril, toujours à Boucan Canot ou Roches Noires. Après les deux premières étapes sur les deux plages qui disposent d’un filet de sécurisation, trois autres étapes se disputeront sur des zones sans filet mais avec la mise en place d’un système de vigie renforcé (plongeurs sous marins, embarcation en surface). Cela se fera sur les spots des Brisants, des Aigrettes, de Petit Boucan et de l’Hermitage.

CINQ ANS, 18 ATTAQUES, 7 MORTS
Depuis le 19 février 201 et l’attaque d’Eric Dargent aux Roches Noires, La Réunion a connu une série d’attaques de requins sans précédent dans le monde. On a enregistré 18 attaques sur les quelque 30 km de côtes de la zone ouest du département français de l’Océan indien. 7 attaques ont été mortelles : 5 surfeurs et 2 baigneurs perdant la vie dans les eaux réunionnaises. Certains des rescapés sont depuis lourdement ou partiellement handicapés.
La dernière attaque mortelle remonte au 12 avril 2015. Elio Canestri (13 ans), membre du Pôle Espoir de La Réunion, étant mortellement mordu par un requin alors qu'il surfait sur le spot des Aigrettes. Sa disparition a causé une immense émotion à La Réunion et dans le Sud-Ouest d’où il était originaire.

LES MESURES DE PROTECTION DU SURF ET DE LA BAIGNADE
La commune de St Paul dispose de deux filets de protection sur sa station balnéaire de Saint-Gilles les Bains. A l’initiative de Patrick Florès, adjoint au maire de Saint-Paul en charge de la station balnéaire et de la crise requin, et par ailleurs entraîneur des équipes de France de surf, le dispositif de protection contre les requins couvre une surface de 141 000 m2 de surface (84 000 m2 à Boucan Canot et 57 000 m2 aux Roches Noires). Soit l’équivalent de 120 piscines olympiques. Cette mesure a un coût : 4 millions €, financés par l’Etat, la Région et la Ville de St Paul. Plus de deux millions € sont investis sur quatre ans pour la maintenance des dispositifs de protection.

DES FILETS INNOVANTS
Les filets installés au large des plages de Boucan Canot et Roches Noires sont uniques au monde. Avec ce dispositif, il ne peut y avoir de dommages collatéraux, pas de poissons ou de tortues pris dans les mailles de 40 x 40 cm. Aucun requin ne peut non plus être pris dans ces mailles dites « carrées ». Tous les matins, une équipe de plongeurs inspectent les filets avant l’ouverture des plages au public.

LES VIGIES REQUINS DEPLOYEES
En complément des filets de protection, un dispositif de surveillance aquatique associé à une procédure d’intervention apporte un soutien permanent sur terre et dans l’eau lors de la pratique du surf sur les spots de surf, sur la commune de St Paul. Tous les matins, du mercredi au dimanche, un sms est envoyé aux surfeurs licenciés pour leur indiquer quel spot a été retenu pour la surveillance.
Les vigie-requins interviennent sous la tutelle d’un chef d’équipe, qui garde toute responsabilité du choix des conditions de pratique.
Une équipe est composée au minimum de :
Sur le zodiac ou le jet ski : un chef d’équipe et un vigie par créneau de 3 heures.
Dans l’eau : 2 binômes de vigies minimum intervenant sur des créneaux de 3 heures maximum.
Au total, ce sont 6 vigies pour le créneau de 9h-12h et 6 vigies pour le créneau de 12h-15h qui surveillent un spot sur une journée.

LE SURF ET LA BAIGNADE TOUJOURS INTERDIT AILLEURS
Un arrêté préfectoral d'interdiction du surf est en vigueur à La Réunion depuis juillet 2013 et la recrudescence des attaques de squales. La baignade et les activités nautiques sont interdites sur cette île tropicale de l'océan indien hors lagon (donc impossible pour le surf), hors zones surveillées ouvertes temporairement et hors zones sécurisées par des filets (plage de Boucan canot et des Roches Noires). Les requins bouledogues, une espèce non protégée, dont la commercialisation a été interdite à La Réunion depuis 1999, sont mis en cause dans la majorité des attaques.

Dernière modification le : 21 février 2016
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