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Serge Lougarot : « La Fédération Française de Surf fait énormément pour le Stand Up Paddle »

Serge Lougarot, Conseiller Technique National, s'occupe depuis 8 ans du Stand Up Paddle pour la Fédération Française de Surf. Il dresse ici le bilan de l'engagement de la  Fédération  pour l'activité, qui compte quelque 2000 licenciés pour plus d'un million de pratiquants occasionnels en France. Il s’inquiète également de la volonté de la Fédération Internationale de Canoë de récupérer le Sup, sport totalement inclus au sein de la grande famille du Surf.

Lire l'article sur l'engagement de la Fédération Française de Surf pour le SUP ici : https://bit.ly/2qICuMb
Lire l'Edito du président de la Fédération Française de Surf pour le SUP ici : https://bit.ly/2HzkIVl

 


Tout d'abord, un peu d'histoire : où et quand est né le Stand Up Paddle ? 
Le Stand Up Paddle est né à Hawaii. Dans des temps ancestraux, il était pratiqué par les membres de la royauté polynésienne pour surfer dans les vagues, pour se déplacer de plage en plage. On le retrouve dans les années 20, toujours à Hawaii où le célèbre Duke Kahanamoku devient une icône sur la plage de Waïkiki. Il tombe en désuétude avec l'arrivée du longboard puis du shortboard.
Il est remis au goût du jour  dans les années 2000 par Laird Hamilton et sa bande de surfeurs de grosses vagues. Le Sup revient à la mode sur les spots de surf de Hawaii, puis sur toutes les vagues de la planète. Avant de gagner beaucoup de plans d'eau : étangs, lacs, rivières, fleuves, mers intérieures où on le pratique en naviguant au fil de l'eau.

Le Stand Up Paddle est-il donc l'ancêtre du surf ?
Oui, on peut le dire. Le Sup fait surtout bel et bien partie de la famille et de la culture Surf. Pour faire simple, le Stand Up Paddle se pratique sur une planche de surf, plus ou moins volumineuse, et à l’aide d’une pagaie pour se propulser et se diriger. Il est né sur les vagues et se décline aujourd'hui sous plusieurs activités sur vagues et hors vagues, que ce soit en loisir ou en compétition avec les « Race » (courses). 

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« La Fédération Française de Surf est la seule entité habilitée à diriger, réglementer, développer et promouvoir le Stand Up Paddle »


Il était donc logique que la Fédération Française de Surf reçoive la délégation du Ministère des Sports pour l'activité…
Tout à fait. La Fédération n'avait d'ailleurs pas attendu cette délégation obtenue en 2010, pour intégrer les pratiquants du Sup dans ses licenciés, organisant même des championnats de France sur les vagues de Lacanau en 2009. 

Que signifie cette délégation du Ministère des Sports ? 
Administrativement, cela veut dire que la Fédération Française de Surf est la seule entité habilitée pour organiser les compétitions sportives à l’issue desquelles sont décernés des titres internationaux, nationaux, régionaux ou départementaux et à organiser les sélections nationales pour l'équipe de France de Sup.
Et parce qu’elle est aussi agréée par l’Etat, elle est également la seule habilité à diriger, réglementer, développer et promouvoir le Stand Up Paddle. 
A l'international, le Stand Up Paddle est géré depuis une dizaine d’années par l'International Surfing Association (ISA) et sur le Continent par l'European Surfing Federation (ESF). 

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« La Fédération Française de Surf consacre 10% de son budget total au développement du Stand Up Paddle »


Quel est l'investissement de la Fédération Française de Surf pour le développement du Stand Up Paddle ?
Il est tout d’abord financier, les dépenses directes et indirectes liées au Stand Up Paddle représentent environ 10% du budget total de la Fédération Française de Surf. Il est ensuite humain, et c’est un engagement majeur pour la Fédération car je suis un des 7 Conseillers Techniques Nationaux mis à disposition par le Ministre des Spots auprès de la FFSurf, missionné, en partie, pour m'occuper du Stand Up Paddle.
Aujourd’hui, le Stand Up Paddle représente un travail et un suivi quotidiens très importants au sein de la Fédération. Parce qu'elle a choisi de vraiment mettre les moyens de développer cette discipline de culture Surf.

Pouvez-nous nous dire ce que la Fédération Française de Surf a concrètement réalisé pour le Stand Up Paddle en huit ans ?
Tout simplement « permettre le développement du SUP ». Elle a codifié le texte de référence de la pratique au regard des spécificités de l'activité en concertation avec l’Etat, permettant une liberté de pratique à nul autre égal pour un sport de pagaie. La FFSurf a créé et soutient un circuit fédéral de compétitions. Elle a élaboré un diplôme fédéral. Elle a aussi créé le Label « Ecole Française de Stand Up Paddle », destiné à toutes les structures privées ou associatives.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la réglementation ?
Depuis l’obtention de la délégation (2010), la Fédération Française de Surf a rédigé la règlementation sur la pratique du Stand Up Paddle. Ce texte est d’autant plus important que depuis mars 2016, en concertation avec l’Etat, le Stand Up Paddle est exclu de la règlementation d’Etat de toutes les activités liées aux sports de pagaie.Notre texte de règlementation fédérale est donc aujourd’hui le seul texte de référence qui fait foi.


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« L’expertise fédérale concernant la règlementation a permis à tous les pratiquants du Sup de gagner en liberté »


Et dans le détail…
Le travail conséquent de la FFSurf auprès de l'État a notamment permis au Stand Up Paddle, en mai 2015, de ne plus être considéré comme un engin de plage, comme le sont qualifiés les avirons de mers, les planches à pagaie et les kayaks de mer. On a mis près de 2 ans à y parvenir et ce changement de réglementation que la FFSurf a obtenu a permis à tous les pratiquants de naviguer avec leur Sup jusqu'à une distance de 2 miles marins. Notre expertise fédérale concernant la règlementation a permis à tous les pratiquants du SUP de gagner en liberté au regard de ses spécificités.
Et nous continuons à défendre cette pratique au quotidien en la faisant évoluer mais aussi en conseillant les pratiquants et les professionnels, ou en défendant nos sites de pratique.

Parlons compétitions, quelles sont les épreuves purement fédérales ?
La FFSurf a établi un circuit fédéral qui comportent les championnats de France de 12'6 depuis 2009, les championnats de 14' depuis 2015; les Coupes de France depuis 2012, en 12'6 et en 14 pieds. Nous avons aujourd'hui 10 compétitions fédérales par an uniquement en SUP race.La Fédération se rapproche de clubs ou de comités en lançant des appels d'offres pour l'organisation de toutes les compétitions fédérales. Ces organisateurs reçoivent un financement et un soutien technique de la Fédération Française de Surf. 

Et comment cela se passe-t-il pour les dizaines d'autres compétitions partout en France ? Doivent-elles se rapprocher de la Fédération Française de Surf ?
La Fédération Française de Surf a mis en place une procédure d’agrément, qui permet de délivrer une autorisation fédérale pour des compétitions non fédérales. C'est en tout à environ 40 compétitions que la fédération délivre cet agrément. Cet agrément, obligatoire dans certains cas, permet à chaque organisateur de se rapprocher de la fédération afin d’être conseillé sur la mise en œuvre technique et règlementaire de sa compétition.
De plus, chaque compétition apparait sur le calendrier national fédéral.

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« La Fédération met à disposition de l’équipe de France de Stand Up Paddle les mêmes moyens humains et financiers que sur les équipes de France de surf »


L'équipe de France de Stand Up Paddle est double vice-championne du monde en titre (2016 et 2017). Comment expliquez-vous ces excellents résultats ?
Nos sportifs sont parmi les meilleurs au monde parce que nous avons tout d'abord d'excellents terrains de jeu : les vagues de l'Atlantique, les downwind de Méditerranée et de Nouvelle-Calédonie. Ils se sont construits sur leurs spots, au sein de leur club, en se confrontant depuis une dizaine d'années avec la concurrence sur des compétitions internationales. Nous avons eu la chance d'avoir des locomotives comme Antoine Delpero et Caroline Angibaud en Sup Surfing; Eric Terrien, Titouan Puyo et Olivia Piana en Sup race. 

La Fédération Française de Surf intervient-elle directement dans ces résultats ?
Elle met à disposition les mêmes moyens humains et financiers que pour les équipes de France de surf. Ceci depuis les premiers championnats du monde de 2012 au Pérou. Elle réalise en amont un travail conséquent, pointu et régulier sur la détection. Elle organise des sélections plusieurs fois dans l'année, durant lesquelles les athlètes doivent se dépasser pour être retenus en équipe de France pour les championnats d'Europe et les championnats du Monde.
L'encadrement et l’expertise des techniciens de la FFSurf sur l’entraînement et le coaching lors des compétitions internationales sont un plus indéniable dans les résultats de l'équipe de France. De plus, la Fédération prend en charge 100% des frais de tous les athlètes sélectionnés. Elle est la seule fédération au monde à soutenir entièrement son équipe nationale de Stand Up Paddle. 
Tout cela permet à la France d’être double vice-championne du monde en titre de Stand Up Paddle, sur 42 pays engagés. Egalement double championne d’Europe (2016 et 2017) sur une dizaine de nations. 

Malgré ces excellents résultats par équipes, avec des titres et des podiums continentaux et mondiaux en individuels, le Stand Up Paddle n'est pas reconnu comme sport de Haut Niveau. Pourquoi ?
La Fédération Française de Surf sollicite depuis huit ans le Ministère des Sports afin d'obtenir la reconnaissance de Haut Niveau pour le Stand Up Paddle et le statut de sportifs de Haut Niveau pour nos athlètes. Nous travaillons sans relâche pour l'obtenir.

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« La Fédération intervient régulièrement pour conseiller et défendre la pratique du Stand Up Paddle sur le territoire »


Parlons formation. Qu'est-ce que la Fédération Française de Surf réalise pour le Stand Up Paddle ?
Elle a élaboré un diplôme fédéral : le Brevet d’initiateur fédéral hors vagues (BIF). Ce diplôme ne permet pas d'être rémunéré. La FFSurf travaille sur un certificat de qualification professionnelle « Moniteur de Stand Up Paddle », lequel permettra, lui, d'encadrer contre rémunération.
Il faut par ailleurs savoir que la Fédération met en place un module Stand Up Paddle durant les formations des futurs moniteurs de surf. Ceux-ci auront ainsi les prérogatives d’encadrement au Stand Up Paddle.
La Fédération Française de Surf intervient aussi plusieurs fois dans l’année pour conseiller et défendre la pratique du Stand Up Paddle sur le territoire, notamment lors de formations des services de l’Etat concernant la règlementation. 

Que fait la Fédération Française de Surf pour encourager la pratique du Stand Up Paddle au sein des clubs ou de structures encadrantes ? 
Comme pour le surf, la déperdition entre les pratiquants et les licenciés est importante : 50.000 pratiquants réguliers pour 2.000 licenciés. La Fédération Française de Surf travaille sur plusieurs pistes pour encourager les pratiquants à prendre une licence dans un club.
Cette année, la Fédération Française de Surf lance le Label « Ecole Française de Stand Up Paddle ». Ce Label est destiné à toutes les structures privées ou associatives qui donnent des cours de Stand Up Paddle, et garantit aux élèves que les structures du réseau offrent un accueil, un matériel et un enseignement de qualité. Il faut également savoir qu'aucun club de la Fédération Française de surf n'est exclusif dans le panel de disciplines pratiquées dans le cadre du club. Ainsi, tous les clubs de Stand Up Paddle proposent à leurs licenciés la découverte et la pratique régulière du surf. 

Si la question ne se pose pas en Stand Up Paddle Surfing, faut-il toutefois être surfeur pour pratiquer le Stand Up Paddle ?
Le surf est évidemment présent lorsqu'on pratique le Stand Up Paddle dans l'océan ou en mer. En loisir ou en compétition, il faut avoir des bases en surf pour mieux appréhender le milieu marin et la technique sur un Sup. En compétition, un athlète qui fait du surf sera forcément avantagé sur la Technical Race, qui consiste à effectuer des parcours avec du surf sur les vagues à chaque retour sur la plage. Même chose sur la Longue Distance, où l'on peut surfer des vagues pour aller plus vite sur les parcours. Mais le surf fait partie intégrante du SUP, même en pratique loisir.
On surfe évidemment sur les vagues à l’océan et en mer, on surfe aussi sur des vagues ou des ondulations en parcours downwind (vent dans le dos, ndlr) sur des lacs mais aussi sur les nombreuses vagues statiques en rivière.

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« La Fédération Française de Surf est déterminée et optimiste pour l’entrée du Stand Up Paddle aux Jeux Olympiques de Paris-2024 »


Vous encouragez donc les adeptes du Stand Up Paddle à pratiquer le surf ?
En tout état de cause, la Fédération Française de surf encourage tous les pratiquants du Stand Up Paddle à axer leur préparation sur la pratique régulière du surf. Nos champions de Sup Race comme Titouan Puyo, Arthur Arutkin, Martin Vitry, Olivia Piana, … sont tous des surfeurs et prennent plaisir à pratiquer les deux activités. 

Quel est votre avis sur ces marques emblématiques du surf qui s'intéressent de plus en plus au Stand Up Paddle ?
La Fédération Française de Surf se réjouit de l'engouement déclaré pour le Stand Up Paddle d'entreprises majeures du surf. Certaines soutiennent de longues dates nos athlètes en Sup Surf et Sup race, ou parrainent des évènements. Une de ces majors du surf vient d'ailleurs de signer avec un athlète du Collectif France et de prendre le naming d'une des plus grandes courses internationales de la saison aux Etats-Unis.

Après l'entrée du surf au programme des Jeux de Tokyo-2020, le Stand Up Paddle a-t-il la possibilité d'entrer lui aussi aux Jeux Olympiques ?
La Fédération Française de Surf est déterminée et optimiste. Nous travaillons en harmonie avec l'international Surfing Association pour l'inclusion du Stand Up Paddle au programme des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris-2024. 

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« Pourquoi retirerait-on la délégation et la mission de service public à la Fédération Française de Surf, laquelle a développé 10 années d’expertise pour le Stand Up Paddle ? »


La Fédération Internationale de Canoë (IFC) souhaite récupérer le Stand Up Paddle et a entrepris des démarches administratives et juridiques. Est-il envisageable pour vous de perdre la discipline ?
Pour moi, c’est inenvisageable. Voila presque 10 ans que nous gérons cette discipline, de culture surf, je le rappelle ! 10 ans que la Fédération Française de Surf est devenue experte. Elle est experte sur le haut niveau : de 4 athlètes aux premiers championnats du Monde en 2012 avec un 8e rang mondial, nous sélectionnons aujourd'hui une équipe de France complète de 8 athlètes, qui est double championne d’Europe et double vice-championne du Monde en titre. Cette expertise du haut niveau est bien évidemment représentative d’un énorme travail de la Fédération Française de Surf au travers de la règlementation, de la formation, du développement de la pratique.
C'est aussi un énorme travail des 180 clubs de surf de la FFSurf. Nous avons plus de 40 clubs qui pratiquent majoritairement le Stand Up Paddle mais, aujourd’hui, c’est tout notre réseau de clubs qui pratique le SUP. Nos pratiquants surf vont vers la pratique du Sup et inversement : les pratiquants qui arrivent pour faire du Sup vont pratiquer du surf aussi.
L’engagement de la Fédération Française de Surf pour le SUP est, au-delà de la culture surf de cette discipline, représentatif de l’expertise qu’elle a développée depuis tant d’années.
Pourquoi retirerait-on la délégation et la mission de service public à la Fédération Française de Surf, laquelle a développé 10 années d’expertise pour le Stand Up Paddle ? 

Quelles sont les motivations de l'IFC ?
Nous nous questionnons. Est-ce que la Fédération internationale de Canoë envisage un destin olympique pour le Stand Up Paddle ? Je ne sais pas. A la FFSurf, chaque année marque un peu plus un engagement fédéral pour le Stand Up Paddle alors que nous venons de basculer dans l’olympisme avec l’entrée du surf au programme olympique de Tokyo-2020. Le projet olympique, tellement ambitieux pour une Fédération qui ne compte que 7 conseillers techniques d’Etat, ne lui fait pas tourner la tête, ni oublier ses engagements. Pour moi, cela s’appelle tout simplement de la passion.

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Dernière modification le : 18 avril 2018
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